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Edmund Husserl (8 avril 1859 - 26 avril 1938) est un philosophe allemand, fondateur de la phénoménologie transcendantale, qui eut une influence majeure sur l'ensemble de la philosophie du XXe siècle.
BiographieHusserl est né le 8 avril 1859 à Prostějov en Moravie (actuelle République tchèque). Il fait d'abord des études en mathématiques, avec Weierstrass. Il se consacre à la philosophie dès lors qu'il veut réfléchir sur les fondements et le sens de sa science. Ses recherches le mèneront au-delà de la mathématique et il tentera de refonder l'ensemble des sciences dans la philosophie qui sera la science rigoureuse. Il suit les cours de Franz Brentano (qui fut aussi le professeur de Sigmund Freud) sur l'intentionnalité chez Thomas d'Aquin, qui seront à la base de ses développements phénoménologiques ultérieurs. D'origine juive, il se convertit au protestantisme luthérien le 8 avril 1886. En 1887, il est privat-dozent à l'université de Halle. C'est en 1900-1901 qu'il publie son premier grand ouvrage : les Recherches logiques, sur lesquelles il reviendra ultérieurement. En 1906, il obtient le titre de professeur titulaire à Göttingen, puis à Fribourg en Brisgau de 1916 à 1928. En 1913, il publie un ouvrage fondamental : les Idées directrices pour une phénoménologie (ou plus couramment : Ideen I). En 1929, il est invité en France à donner deux conférences à la Sorbonne, qui donneront les Méditations cartésiennes, texte synthétique qui esquisse les grandes questions de la phénoménologie transcendantale. Le professeur Husserl se voit interdire l'accès à la bibliothèque de l'université de Fribourg en application de la législation antisémite adoptée par les Nazis en avril 1933. Il est radié du corps professoral en 1936. C'est à Vienne, puis à Prague, que Husserl fera ses dernières conférences. Il meurt le 26 avril 1938, alors que le national-socialisme menace de destruction ses manuscrits inédits. Ils furent heureusement évacués à Louvain où se trouvent toujours aujourd'hui les fameuses archives Husserl, dans lesquelles près de 300 000 feuillets restent à dépouiller. La radicalisation du projet DescartesMathématicien de formation, Husserl s'intéresse d'abord à la philosophie des sciences, notamment à partir de la question des objets mathématiques. Puis, frappé par les rapports entre logique et mathématique, il en vient à étudier leur fondement commun. Enfin, à la manière de René Descartes, dont il revendique le projet, Husserl cherche à re-fonder la totalité des sciences à partir d'une expérience indubitable (ou apodictique). « Avec lui, la philosophie change totalement d'allure, et passe radicalement de l'objectivisme naïf au subjectivisme transcendantal »[1]. Il veut cependant radicaliser cette expérience[2]. Husserl tente de refonder l'ensemble des sciences et de la philosophie. Pour constituer une philosophie comme science rigoureuse, Husserl doit trouver :
« Quiconque veut vraiment devenir philosophe devra « une fois dans sa vie » se replier sur soi-même et, au-dedans de soi, tenter de renverser toutes les sciences admises jusqu'ici et tenter de les reconstruire. »[3] Les quatre grands principes de la phénoménologie transcendantaleLa phénoménologie transcendantale est d'abord un système méthodologique d'accès à la vérité des choses. C'est pourquoi Husserl développera toute sa vie quelques principes méthodologiques fondamentaux, sur lesquels il reviendra souvent au court de sa carrière. IntentionnalitéL'épochè révèle également par là, d'un point de vue méthodologique, l'une des structures fondamentales de la phénoménologie, aussi importante que le cogito : l'intentionnalité. C'est de son maître Franz Brentano que Husserl reprend ce concept. Il désigne le caractère fondamentalement orienté de la conscience vis-à-vis d'un objet, quel qu'il soit. L'intentionnalité est le fait d'« être conscient de ». La conscience n'a pas le même mode d'être que des objets physiques, et c'est la structure de l'intentionnalité qui distingue le psychique du physique. La conscience n'est pas une boîte dans laquelle entrent des images, des perceptions, etc., mais elle est à chaque fois une visée (la visée intentionnelle), qui est donneuse de sens. Par exemple, la perception d'une pomme n'est pas l'imagination d'une pomme, quoique l'objet visé (ou noème) soit le même : ce qui diffère, c'est la nature de l'acte de visée (ou noèse). La réduction phénoménologiqueMais comment dégager ces essences à partir de l'expérience commune (Husserl dit souvent « naïve ») de la conscience, si cette expérience est toujours particulière ? Comment prétendre sortir l'universel du particulier sans sombrer dans l'arbitraire ? L'attitude naturelleLorsque Husserl part à la recherche d'un fondement absolument certain, il cherche une vérité apodictique. En regardant les modes de procéder des sciences, il se rend compte qu'elles sont positives et naturellement réalistes. Mais, il en vient naturellement à se demander si l'existence du monde est, elle aussi, une évidence apodictique[4] ? Il se trouve que l'objectivité du monde est naïve, chaque affirmation positive sur le monde, qui n'a pas été soumis à la réduction, est prise dans ce que Husserl appelle l'attitude naturelle. 1° Husserl ne nie pas l'antériorité du monde dans chaque affirmation scientifique sur ce monde. 2° mais cette antériorité suffit-elle à rendre l'existence du monde incontestable, indubitable ? La réduction phénoménologiquePour sortir de ce paradoxe, Husserl avance la notion d'épochè, qu'il emprunte, une fois encore, à la tradition philosophique (ce terme grec a été utilisé par les Sceptiques dans le sens de « suspension du jugement »). L'épochè consiste à « mettre entre parenthèses » tout acquis préalable (jugement, opinion, croyance, hypothèse, etc.) sur un vécu de conscience quel qu'il soit, ou mieux encore, tout ce qui ne se donne pas dans l'expérience, révélant ainsi, par cette « pureté analytique » radicale, sa seule structure universelle. Elle n'est pas synonyme de la « variation eidétique », concept également forgé par Husserl et signifiant une complétude progressive en variant les angles d'approche (mémoire, imagination, etc.). Cette notion d'épochè est définie, dans les Méditations cartésiennes, comme « la méthode universelle et radicale par laquelle je me saisis comme moi pur, avec la vie de conscience pure qui m'est propre, vie dans et par laquelle le monde objectif tout entier existe pour moi, tel justement qu'il existe pour moi ». Cette méthode résulte de l'évidence apodictique d'un ego cogito qui est universel par sa présence chez tous les êtres pensants. Cette filiation cartésienne repose sur le doute hyperbolique qui laisse place à la certitude d'un être premier : l'ego constitutif. Je ne puis douter que je doute, donc je suis. Le cogito, ou le sujet transcendantalC'est dans le cogito que Husserl trouve le fondement absolu de sa philosophie : c'est une notion qu'il emprunte à Descartes, selon une filiation qu'il revendique explicitement dans ses Méditations cartésiennes (dont Emmanuel Lévinas assurera la traduction française). Toutefois Husserl radicalise le cogito cartésien, en en faisant non plus un premier axiome, mais le fondement même de tous les axiomes. Ce cogito est le moi transcendantal, c'est-à-dire le moi pur qui est dévoilé par la réduction phénoménologique. Ce moi transcendantal est distinct du moi psychologique, en tant que la psychologie étudie les phénomènes psychiques de manière objective, dans l'attitude du monde. Pourquoi est-ce un fondement absolu ?
La critique du cogito cartésienLe cogito de Husserl est toutefois différent de celui de Descartes, car il est, pour le fondateur de la phénoménologie, une pure intentionnalité. Ainsi Husserl critiquera Descartes sur le fait que ce dernier aurait ré-ifier le cogito, en en faisant notamment un axiome, duquel sera déduit ordine géométrico les substances étendues, pensantes, et Dieu. Ses trois grandes critiques sont présentées dans la 1ère Méditations cartésiennes :
En faire un axiome n'est pas suffisant, car il est le fondement de tous les axiomes. Filigramme de Husserl : Reconductibilité d'un a-priori logique à un a-priori noétique
La phénoménologie comme science eidetiqueL'acceptation du cogito comme fondement absolu a pour conséquence naturelle de placer l'étude de la conscience au centre des préoccupations de la phénoménologie. Comme dans la Phénoménologie de l'esprit de Hegel, la phénoménologie husserlienne est donc une science de la conscience – mais c'est peut-être l'un des rares rapprochements possibles entre les deux entreprises, qui restent très différentes. La phénoménologie est la science des phénomènes, de ce qui apparaît à la conscience. Pour rendre possible cette science, il faut « revenir aux choses mêmes » : les décrire telles qu'elles se présentent à la conscience. La véritable connaissance est la connaissance des essences, c'est-à-dire de ce qui demeure invariant dans les modifications de perspectives que l'esprit a sur les choses. En effet, tout objet a ses déterminations d'après la perspective de la conscience ; l'objet vécu ne sera donc donné en totalité que par la synthèse totale des points de vue. Ainsi, pour décrire la structure des phénomènes, encore faut-il que la conscience perçoive, par l'intuition, ces essences. C'est par allusion à Platon que Husserl appelle essences ces structures universelles que la phénoménologie entend dégager et fonder sur le cogito. Si Husserl reprend ce terme, l'un des plus vieux de la philosophie, c'est parce qu'il se situe dans une tradition philosophique qu'il entend réaliser. La philosophie est un projet consistant à vouloir dégager la structure rationnelle du monde : la phénoménologie a les moyens de réaliser ce projet. Aperçus sur l'ontologie husserlienneOn pourra se reporter à l'ouvrage de Jacques Derrida de La Grammatologie (1967) qui l'évoque dans son chapitre II et dont ces lignes sont inspirées. Il est important de comprendre que la structure hylè-morphè recoupant intuitivement le couple conceptuel matière-forme, bien qu'elle soit une composante réelle reell et on real du vécu, n'est pas en elle-même une réalité Realität. Derrida : « Quant à l'objet intentionnel, par exemple le contenu d'une image, il n'appartient réellement reell ni au monde ni au vécu ». Est-ce à dire qu'il n'a aucune consistance ? Certes non, il s'agit pour Husserl d'une composante non-réelle du vécu. On voit donc que son ontologie emprunte un vocabulaire déroutant pour la tradition et que la zone du vécu accueille des types de strates hiérarchisées : la réalité, la composante réelle de la structure hylé-morphé et la composante non-réelle de l'objet intentionnel. Ici non-réel n'est aucunement synonyme d'inexistence. Simplement, l'objet intentionnel doit être appréhendé de manière nettement plus subjectiviste que les idéalités objectives platoniciennes. Conclusion: l'image acoustique par exemple, en tant qu'objet intentionnel,ne doit pas être analysée comme la copie de la réalité externe par la réalité interne. Il s'agit précisément de refouler le modèle du portrait critiqué dans les Ideen I et de surmonter l'opposition entre la réalité extérieure et la réalité intérieure. La postéritéHusserl a eut de nombreux étudiants renommés, qui développerons la phénoménologie dans leur propre sens, tel que Hannah Arendt, Edith Stein et Roman Ingarden. Son influence fut très forte chez eux. Martin Heidegger est son plus célèbre élève? Bien qu'il ai lui aussi développé la phénoménologie différemment de Husserl, Heidegger faisant une phénoménologie existentielle, et Husserl une phénoménologie centrée autour des essences. Bien qu'il n'ait jamais été son étudiant, Max Scheler a aussi subi l'influence de Edmund Husserl, qu'il développa notamment dans les domaines de l'éthique et de l'affectivité. Jean-Paul Sartre développera la phénoménologie dans un sens existentiel, ainsi que Maurice Merleau-Ponty. Paul Ricœur et Emmanuel Levinas traduiront Husserl et s'inspireront de la phénoménologie. Notons encore également les philosophes André Maurin et Michel Henry qui ont eux aussi permis à la phénoménologie d'entrer en France. Bibliographie
Disponibles en français
Sur Husserl
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Notes et références
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